Cette question, au centre des prétentions royalistes, doit être bien délimitée. Afin de ne pas empiéter sur la question de la démocratie, nous n'aborderons pas celle des pouvoirs du souverain. Cependant, l'étanchéité ne pourra pas être parfaite.
Selon le dictionnaire Larousse, une république serait une « forme d'organisation politique dans laquelle les détenteurs du pouvoir l'exercent en vertu d'un mandat conféré par le corps social ». La république semble donc se caractériser par la démocratie. Selon le même dictionnaire, la monarchie serait un « régime politique dans lequel le chef de l'Etat est un roi ou un empereur héréditaire ». Cette fois, le régime ne se définirait donc pas selon la source du pouvoir mais selon le titre du chef de l'Etat (roi ou empereur) et son mode de désignation (hérédité).
L'Histoire nous a montré ou continue à nous montrer que ces définitions sont loin d'être exactes en pratique.
Une république est-elle toujours démocratique ? Le monde connaît encore aujourd'hui des républiques qui n'ont rien de démocratique. On peut trouver dans ce domaine des républiques socialistes comme la Chine, Cuba ou la Corée du Nord, mais aussi des républiques islamistes comme l'Iran. Malgré tout, il faut reconnaître que ces régimes entretiennent généralement une démocratie illusoire en organisant des semblants d'élections, comme si une république était finalement intrinsèquement démocratique.
Une monarchie voit-elle toujours son monarque désigné par l'hérédité ? Il est vrai qu'aujourd'hui, il n'existe pas (du moins me semble-t-il) de monarchie qui n'utilise pas l'hérédité comme mode de désignation du souverain. Cependant, l'histoire de la France nous a montré qu'à une certaine époque les rois étaient élus. Cette élection ne se faisait pas sur la base du suffrage universel, mais par le suffrage des « grands du royaume » (autrement dit par la haute noblesse). Hugues Capet, souvent mis en avant par les royalistes comme étant le premier Capétien, était monté sur le trône suite à une élection. Les rois qui l'avaient précédé avaient également été élus : il y avait eu une alternance (déjà à l'époque, mais pas entre gauche et droite) entre les Carolingiens et les Capétiens. L'intelligence d'Hugues Capet consistera à faire élire son fils de son vivant pour assurer la continuité de sa dynastie. Philippe Auguste sera le dernier roi élu, ce n'est donc qu'après son règne que l'hérédité sera considérée comme « naturelle ».
Admettons que l'hérédité soit un élément de définition de la monarchie qui ne se serait imposé que « récemment ». Nous pouvons constater que certains régimes, encore de nos jours, qui ne sont pourtant pas des monarchies, ont à leur tête de véritables petites dynasties. C'est le cas par exemple de la Corée du Nord où Kim Jong-Il a succédé à son père Kim Il-Sung. Ces chefs d'Etat héréditaires n'ont pas le titre de roi ou d'empereur, ils ont plus généralement celui de président de la république (mais certains font preuve d'originalité avec des titres du genre « Guide suprême »).
Quels sont les critères de distinction véritables entre ces chefs d'Etat héréditaires et les rois « classiques » au-delà du seul titre ? Ne pourrait-on pas se baser sur la tradition ? Mais où commence la tradition ? L'arrivée au pouvoir des Capétiens en tant que dynastie n'avait rien de traditionnelle à l'époque d'Hugues Capet. La famille Bonaparte ne peut-elle pas prétendre à un statut traditionnel puisque deux de ces membres ont régné sur la France dans un cadre monarchique tout en se faisant accepter par les autres puissances européennes (du moins à partir de Napoléon III) ? La question sous-tendue est celle de la légitimité. Ce qui est légitime (je vais m'écarter de la définition de base selon laquelle ce qui est légitime est ce qui est conforme à la loi) est ce qui apparaît au yeux d'une immense majorité comme une situation normale, naturelle, allant de soi. Le roi ou empereur « classique » est celui qui bénéficie de la légitimité. La dynastie capétienne était donc légitime puisque pendant plusieurs siècles, elle est apparue aux yeux de presque tout le monde comme se trouvant naturellement à la tête de la France. Parce qu'elle a été légitime, elle est traditionnelle. Malheureusement, elle n'apparaît plus aujourd'hui comme légitime aux yeux d'une grande majorité mais elle n'en reste pas moins traditionnelle. Au contraire, les Napoléon n'ont jamais régné en apparaissant comme légitimes, ils ont toujours dû faire face à des opposants représentant une part non négligeable de la population. Il en est de même pour Kim Il-Sung et Kim Jong-Il. N'ayant jamais été légitimes, ils ne peuvent être considérés comme traditionnels. C'est sur ces critères que les rois « classiques » (je n'aime pas cette expression, mais je n'en trouve pas d'autre, ne voulant pas utiliser, du moins pour cet article l'expression « rois traditionnels ») se distinguent des autres chefs d'Etat héréditaires.
Maintenant que la distinction entre royauté et république d'un point de vue purement institutionnel a été faite, la question que je vous propose de traiter consiste à savoir si le meilleur régime pour la France est la royauté ou la république. Attention, je le répète, la question ne doit pas, dans la mesure du possible, déborder sur celle de la démocratie. Ce qu'il faut se demander à ce stade, c'est s'il est plus judicieux que l'Etat soit représenté par un roi, donc une personne désignée par l'hérédité (traditionnelle ou non) ou par une personne désignée démocratiquement. Je ne me contredis pas en parlant de désignation démocratique tout en ne voulant pas parler de la démocratie, je signale que le Royaume-Uni qui est une démocratie a un monarque héréditaire.
Donnez vos premières idées ; ma réponse fera l'objet d'un prochain article.